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Le Guide Du Cool

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Le Minima Café va fermer: 5 étapes pour faire le deuil

Publié par LGDC sur 14 Juin 2014, 17:47pm

Catégories : #Bar, #Minima, #POitiers, #Cocktails, #Alcool, #Musique, #Jabberwocky, #Nuit, #Deuil, #Tristesse

Aujourd'hui, pleurons la fin de l'existence du bar le plus branchouille de Poitiers.

 

Bonjour tout le monde,

Je suis rentré en France pour une semaine: temps pourri, chômage, Front National à 25%, pas assez pour égratigner mon enthousiasme d'expatrié rentré au pays.

La nouvelle la plus terrible que j'ai pu entendre ces derniers temps est la fermeture d'un bar que j'affectionnais particulièrement quand j'habitais encore à Poitiers;

Récit d'une tragédie innommable, plantage de clou dans le cercueil de la vie pictave: le Minima Café va changer de propriétaire.

Pour gérer notre peine collective, utilisons un procédé scientifique. Parmi les cinq étapes du deuil détaillées par la psychiatre hélvetico-américaine Elisabeth Kübler-Ross, la première est:

 

1) Le déni.

Comme dans : « Putain, c'est pas vrai, mauvaise blague, le Minima ne peut PAS fermer. C'est toute la ville qui sombre avec lui. Je ne veux pas y croire.".

Et pourtant, on peut trouver sur Internet la preuve formelle que Guillaume Lagandré, propriétaire du zinc, a décidé de fermer boutique pour continuer l'aventure ailleurs. La preuve par un scan du site LeBoncoin.fr

 

2) La colère :

Cette annonce me surprend autant qu'elle me révolte. Pourquoi Guillaume Lagandré, l'esthète des cocktails, le Bourdieu du fût de bière et le Roland Barthes des cuites onéreuses a-t-il décidé de vendre son affaire sur Leboncoin.fr, comme un méchant vélo elliptique ou une collection de timbres? L'interressé se justifie lui-même dans l'annonce :

"Si je tiens à le lâcher désormais, c'est pour cause de changement de vie."

On admet volontiers que la vie pictave ait un charme limité, et qu'il ait bien raison de se barrer avec son argent mérité pour profiter de sa famille et de la vie en générale, mais une question reste en suspens pour une portion non négligeable des habitants de la ville de Poitiers :

 

-Où ira-t-on pour déguster un mojito potable?

-Réponse, nulle part, j'en ai bien peur. Le Minima a eu et gardera dans nos cœurs cette réputation de bar atmosphérique un peu en marge, mais on s'y sentait comme à la maison. C'était l'un des derniers îlots de liberté dans une ville qui sent très fort la sclérose et le renfermé. Trop triste.

3) Le Marchandage :

Cette étape du deuil est la plus difficile car comme la mort, la fermeture du Minima est inévitable et ne pourra souffrir d'aucun délai. Tout ce qu'il restera, ce sont des souvenirs. Par amour pour la chronologie et les anedcotes gravés dans le marbre de la petite histoire, voici cinq événements clés depuis la création du Minima Café :

 

Janvier 2008 : J'entre pour la première fois dans le bar avec un pote. On commande deux demis 1664 et un saucisson. Déjà, la magie opère.

Octobre 2010 : Concert de Soundsucker dans la cave du bar. Mon mouvement « electro-pop-punk-bruitiste-mais-sympatoche” est né. Et se dissolve quelques mois plus tard dans une flaque de Vodka Red Bull.

25 Juillet 2011 : J'offre un Long Island à une connasse  jeune demoiselle d'école de commerce. Elle disparaît aussitôt dans le coin fumeur. Six euros partent en fumée sous fond de musique minimalo-experimentale jazzy. Encore une soirée exceptionnelle

Novembre 2011 : L'établissement est définitivement fermé aux clones de Justin Bieber, a.k.a, des lycéens qui viennent le jeudi soir pour faire un usage déraisonnable de leur argent de poche. La décision provoque un tollé dans la nuit poitevine et touts ces adolescents sont obligés de fréquenter l'Est-Ouest. Paix à leurs âmes.

L'interdiction des ados chiants: une prise de position sociale courageuse et salutaire

 

Mai 2013 : Ce soir le Minima est noir de monde. Pris d'une envie d'uriner fulgurante, je suis contraint de pisser dans une pinte de 1664 car la queue des toilettes est trop importante. Désolé Guillaume, j'avais cela sur le cœur depuis plus d'un an.

NB:*Les dates sont approximatives mais les faits sont bien réels.

 

4) Dépression

Malgré les bons souvenirs, la peine subsiste et l'irrémédiable arrivera bien vite ( la date de la fermeture du bar n'est pas encore connue). Il est effectivement déprimant de penser que les seules alternatives possibles aux soirées pictaves seront deux trois bars coolos et un bar à chiottes peuplés par des pré-quadragénaires qui parlent de leurs projets artistiques à la con flous et de leur licence en Arts du Spectacle.

L'avenir du Minima est pour nous autres consommateurs enveloppé d'un flou total. Guillaume a clairement annoncé qu'il le donnait au plus offrant et que la couleur de l'argent avait plus d'importance que la « réputation » de l'établissement.

 

Au plus profond de notre déprime, amusons nous à imaginer les pires scénarios de reprise du bar :

a) « PMU- Sandwicherie Le Grand 'Rue » : Eh, au Guide du Cool, on n'a rien contre les bars mal fréquentés et les troquets qui sentent le désespoir. On imagine très bien des posters de Michel Platini et un baby-foot dans le coin fumeur.

b) Bar à « ambiance » Le Patio del Mar : toute la décontraction et l'élégance des discothèques du Sud de la France. Des écrans plasma rediffusent un PSG-Lens pendant qu'une armée de serveurs sous pression vous servent des Cuba-Libre mixés au Destop.

c) Salon de thé- Bibliothèque « L'alhambra » : Ouvert de 15 à 17h, le meilleur compromis entre la lecture du dernier pavé de ce scato de James Joyce et l'overdose de thé noir. Noir comme ton âme et ton foie

 

5) L'Acceptation

Tous les bonnes choses ont une fin, et l'on pourra toujours écraser les feuilles de menthe de notre dernier mojito pour se persuader que la fête continue. La décision de Guillaume de changer d'environnement, bien qu'elle soit tragique pour nos palais et nos œsophages a au moins le mérite de nous rappeler que rien n'est éternel et qu'il faut aller de l'avant.

Par le biais de ce billet lucide-mais-un-peu-lèche-cul, je tenais seulement à faire part à Guillaume, le plus parisien des tauliers de bar qu'ait connu Poitiers, toute l'affection et le plaisir que j'ai eu à fréquenter le Minima, et j'imagine que mon avis est partagé par bien d'autres. Même dans les soirées toutes nazes et les moments de galère nocturnes qui furent légion, les lueurs blafardes du Minima restaient un phare au milieu de la jungle urbaine.

 

Ce furent cinq belles années pour les clients

avec son lot de  coups de gueule,

Ses cocktails inimitables,

Ses goûts musicaux légèrement élitistes et chaloupés.

 

Le deuil étant fait,

Bon Dimanche à tous.

(Addendum: Le Minima, ce n'est pas fini tout tout de suite. Le bar accueille le groupe poitevin Jabberwocky pour la fête de la Musique. Histoire d'enfoncer le clou de nos nuits blêmes avec panache et sans panaché. Je vous embrasse avant que la Brigade Des Jeux De Mots Pourris saisisse mon disque dur.)

Le Minima Café va fermer: 5 étapes pour faire le deuil

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