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Le Guide Du Cool

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Avec ma bite et mon couteau: reportage choc à Roland Garros

Publié par LGDC sur 9 Juin 2013, 13:31pm

Catégories : #enquête, #journalisme, #roland garros, #échec, #police, #fun

Roland Garros, des gangs de vendeurs à la sauvette, des flics agressifs et du fun en pagaille!

 

"Avec ma bite et mon couteau": l'expression décrit parfaitement mon premier reportage pour Streetpress, qui fut un mélange de bricolage journalistique et de grands moments de solitude.

Quand on est stagiaire en journalisme, la principale hantise est de faire le café et de rester le cul posé sur une chaise dans la chaleur estivale. Pas le genre de la maison Streetpress: après une vingtaine de minutes de conférence de rédaction, on me somme directement de "passer faire un tour à Roland Garros et de vérifier s'il y a toujours des vendeurs de billets à la sauvette. Et de choper deux trois témoignages de ces messieurs et prendre quelques photos."

Je traverse la ville en métro, animé par le zèle du débutant désireux de bien faire.

 

 
Midi dans le 16ème arrondissement. Je fais un détour de vingt minutes à l'hippodrome d'Auteuil (maitrise approximative de Google Maps) avant de trouver le stade Roland Garros, le saint de saints des gens qui raffolent de la petite balle jaune.

De prime abord, grosse déception: je ne vois pas l'ombre d'un vendeur à la sauvette, objet de mon reportage. En longeant l'avenue, bondée de touristes et de spectateurs (je pense avoir reconnu Charles Beigbeder: on s'en fout), je m'aperçois que oui, les vendeurs sont bien là, adossés au grillage, guettant le moindre pigeon pour leur refourguer des places hors de prix et généralement falsifiées. L'enquête progresse.

D'où mes premières hésitations. "Vincent, me dis je en mon for intérieur, comment vas tu pouvoir interroger une armoire à glace sur la santé financière de son commerce parallèle?" Le secret d'une bonne interview: il faut la jouer fine, une disposition d'esprit qui ne s'apprend pas en école de journalisme.

 

 

A ma grande surprise, la plupart des vendeurs se montrent réticents à l'idée de raconter leur vie à un blanc bec fraîchement débarqué de sa province. Il faut dire que mon seul contact avec le crime organisé a consisté en de longues heures à jouer à GTA et Call Of Duty. Petit à petit, la tension augmente et je comprends que mon interêt pour leur gagne-pain commence à attirer de vifs soupçons. D'autant qu'ils sont en contact permanent par téléphone et que j'en entends un dire "babtou avec cam, attention." Je vous propose une traduction simplifiée de ce message: "Cher Vincent, barre toi avant que ces messieurs s'amusent à se tailler des cure-dents avec tes os de fémur."

Courageux mais pas téméraire, je retourne à la rédac' avec deux trois infos utiles et la conviction que ce reportage était mon petit "baptème de feu" personnel.

Deux jours plus tard, la rédaction me fait comprendre que le papier que j'ai écrit manque d'infos, ce qui est indéniable. Je dois donc retourner à Roland Garros pour reprendre contact avec mes nouveaux amis de la pègre locale et pourquoi pas leur tirer le portrait. "Clic-clac, merci Kodak".

Fort bien. Sauf que cette fois, les emmerdes ne viendront pas du côté des vendeurs à la sauvette, mais plutôt des flics en patrouille. La première fois, ils étaient discrets, mais ce jour là, ils avaient décidé de faire une opération qui a vidé l'avenue des vendeurs ambulants. Intrigué par ce fait, j'aborde une petite troupe de policiers avec courtoisie et leur pose des questions sur mes fameux vendeurs qui-commencent-un-peu-à-me-les-briser-menu-voyez-vous. Réponse immédiate du chef du trio:

"Je suis pas habilité à répondre à vos questions si vous n'avez pas de carte de presse.

- Je suis stagiaire, on n'a pas de carte de presse."

BAM. Après quelques secondes d'un dialogue qui combine ma maladresse verbale et leur envie de jouer aux cowboys (c'est ennuyeux, Roland Garros), le plus jeune d'entre eux, un grand type la trentaine, cheveux poivre et sel, commence à me titiller, du genre:

"Le monsieur a sûrement quelque chose à se reprocher. Il a pas l'air serein le monsieur."

Tous les gens qui me connaissent un peu savent que je chie dans mon froc lorsque j'aperçois une bagnole de flics à 500 mètres, même lorsque je n'ai absolument RIEN fait d'illégal. La crainte s'intensifie a fortiori quand ces trois gentlemen éprouvent un interêt soudain pour ma personne.

Le plus jeune d'entre eux me fait vider mes poches, qui contiennent:

- un portable

- un porte-cartes, des clés

- des pièces, deux briquets

- un mouchoir rempli du reliquat de mes sécrétions nasales et d'autres substances dont je ne puis parler sans rougir.

La petite chasse au trésor n'étant pas concluante, le plus jeune entreprend une fouille au corps. Mon côté gay-friendly s'efface pour un sentiment de gêne littéralement palpable. Mieux: voyant le kit mains libres sous mon T-shirt, il souhaite voir si par hasard, ce ne serait pas un micro, et je me retrouve à moitié torse nu devant les flics et les touristes qui passent leur chemin, interloqués. A cet instant, mes penchants exhibitionnistes sont satisfaits bien au delà de mes espérances.

" Monsieur, vous savez que vous pouvez finir au poste quand vous prétendez être journaliste sans pouvoir le prouver?

- Oui, oui, bonne journée, merci."

 

On s'est quitté là dessus. Je suis reparti bredouille, sans photo et sans info importante. J'ai appellé la rédaction pour pleurnicher sur ma mésaventure. On m'a conseillé de boire une bière. OK: je suis rentré et j'ai entamé la "biture express" la plus introspective de ma vie. La preuve en image.

 

 

 

Quelles leçons retenir de cette histoire?

 

1) Les vendeurs à la sauvette de Roland Garros ne sont pas des Mickeys venus pour prendre un bain de soleil.

2) Les flics parisiens peuvent se montrer parfois un peu cavaliers, ou même très cons. Attention les potes, avec un scoop pareil, je tiens le prix Pulitzer.

 

Nota Bene: Je n'en veux absolument à aucun des protagonistes de cette histoire. Après tout, c'est la chose la plus excitante qui me soit arrivée depuis que j'ai vu mon sexe chanter en Allemand (une autre histoire). J'ai appris quelques tuyaus dans la foulée. Genre, quand on s'approche d'un tigre, on lui demande pas pourquoi il pue de la gueule.

 

Allez Bye bye et vive le tennis!

 

(Vous pouvez lire mon article sur le site de Streetpress  http://www.streetpress.com/sujet/93593-marabout-et-le-marche-noir-de-roland-garros)

 

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