Les fans du groupe Insane Clown Posse sont considérés comme une légion de ploucs déguisés en clowns puérils, et sont répertoriés par le FBI comme un gang. Voilà déjà deux bonnes raisons de les aimer.
Le mouvement juggalo, c'est un peu ma croisade musicale à moi: peu de personne sur ce vieux continent ont déjà entendu parler du phénomène, né au milieu des années 90, dans la ville de Detroit, à la même période qu'Eminem.
Personnellement, j'ai découvert l'histoire de cette musique par le biais de Vice.com, site qui mérite amplement son auto-définition de "guide suprême de la connaissance".
(http://www.vice.com/read/land-of-juggalos-v14n10)
Aprés avoir lu quelques articles qui sur le sujet, et amassé une documentation importante (beaucoup de temps libre), je me suis aperçu que ce mouvement est encore inconnu de notre côté de l'Atlantique. Et je vous explique pourquoi.
1) Leur musique est une sorte de hip-hop white trash sous hémoglobine
On vous la fait courte: le groupe Insane Clown Posse (ICP pour quelques millions d'intimes) est né dans le Michigan, à l'initiative de Joseph Bruce et Joseph Utsler (Violent J et Shaggy 2 Dope), deux adolescents au casier judiciaire chargé de délits mineurs. Adeptes de rap, ils enregistrent des bandes dans un garage, avant d'avoir cette brillante idée qui leur apportera des millions de dollars: se tartiner la gueule de maquillage de clown.
Musicalement, on aime ou on aime pas. Cela ressemble parfois à du Cypress Hill, surtout dans leurs débuts (le sample de Chicken Huntin vous rappellera quelque chose http://www.youtube.com/watch?v=drMzeN1eXdA). Esthétiquement, on peut être interloqué ou amusé par leur univers de clown un peu dark, mais relativement inoffensif. Comme Kiss en leur temps, le groupe ICP a su rallier un nombre impressionnant de fans qui, bizarrement assez, semblent avoir dépassé l'âge de la puberté depuis longtemps.
2) Les paroles ne sont pas toujours d'une intelligence proverbiale
Croyez moi, les gens: j'ai écouté plus d'une vingtaine d'heures d'affilée la discographie d'ICP et j'ai pu constaté que le mot bitch y était employé sans parcimonie. Dans leurs albums, on peut quand même saluer l'originalité des thèmes abordés. Il y a tout un délire sur le "Dark Carnival"qui peut passer pour un mysticisme de pacotille. Deux extrêmes toutefois: d'un côté, les thématiques "horror-core" avec des obsessions non dissimulées pour la baise, le meurtre, la nécrophilie et un certain non-respect pour la personne-qui-vous-a-donné-la-vie #motherfucker.
Dans un autre registre, on retrouve des paroles plus recherchées sur la haine des rednecks (beaufs ricains) et l'abandon des classes sociales défavorisées par le gouvernement. Derrière le masque, une dose de revendication et de rejet de la société auxquels peut s'identifier n'importe quel ado en quête de rebellion. Mon morceau préféré, How Many Times (http://www.youtube.com/watch?v=-yt7UOyl8eM).
3) ICP est le groupe "le plus détesté d'Amérique"
Et le mouvement juggalo l'est aussi, par la même occasion. Pendant dix ans, ils n'ont fait peur à personne, mis à part à quelques associations intégristes américaines qui prenaient aussi Britney Spears pour une menace spirituelle. Aujourd'hui, cette culture est officiellement considérée comme un gang par le FBI, aprés que certaines personnes aient commis des braquages déguisées en clown.
Pour ces raisons et pour d'autres (leur puérilité apparente), ICP reste le groupe à succès le plus incompris d'Amérique, et je pense bien qu'ils s'en foutent. Etre un juggalo ou une juggalette représente pour eux un mode de vie qui dépasse les frontières d'un phénomène marketing, et force est d'avouer que les fans sont plutôt du genre...fervents.
4) Le mouvement juggalo est une communauté complétement barrée
Il vous suffira de mater quelques reportages hallucinants (https://www.youtube.com/watch?v=RXRAQyiqx-M) pour constater que les rassemblements juggalos font passer les festoches européens pour des garderies d'enfants. Il semble que tous les excés soient permis dans leurs gatherings, une sorte de Woodstock à base de weed, hot-dogs, matchs de catch et de défilé de personnes en surpoids. Le sentiment d'appartenance à une communauté s'illustre par des comportements plutôt exotiques, comme le fait de s'aperger d'un soda bon marché (le Faygo), de dépenser son chèque d'allocs en merchandising (Hatchet gear), et de gueuler le cri de ralliement "Whoop-whoop" à peu prés toutes les 1,23 secondes. D'un point de vue sociologique, c'est tout à fait fascinant.
La Juggalo family ne s'est pas encore développée en France. A l'heure actuelle, seule une poignée de magazines (Vice.com, Tracks sur Arte) ont abordé le mouvement sans verser dans la caricature facile. Il n'en fallait pas moins pour que le sujet m'obsède et que je m'autoproclame comme l'un des plus grands spécialistes français du mouvement juggalo. Restons modeste toutefois: on doit être une bonne douzaine.
Malgré mon lobbying acharné, malgré l'influence démesurée de mon blog (qui a dépassé les 300 visiteurs: merci) je ne sais pas si cette musique déferlera un jour sur la France. Mais si vous voyez un jour votre petit cousin de 13 ans maquillé comme un clown grotesque à votre prochaine réunion de famille, vous pourrez lever les yeux au ciel en disant: " j'étais prévenu."
Vincentestformidable

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