Aujourd'hui, on apprend que le nouveau truc c'est de mettre du fric dans la benne à ordure, pour relancer l'économie, quoi. Explications
On gagne beaucoup à fréquenter des gens venus de contrées différentes. Comme je séjourne à Tours depuis que mes aventures journalistiques à Streetpress se sont achevées (il était temps : je m’égarais dans les milieux rétros), j’ai l’immense plaisir de partager mon appartement avec S, jeune fille toute droit venue du pays des Pogues et des écrivains alcooliques.
Tout se passe bien, mais il y a pourtant une différence notable dans nos comportements quotidiens. Alors que je passe mes journées en caleçon à préparer mon retour sur le marché du travail, S pratique parfois cette abstraction intellectuelle qu’on appelle faire le ménage. C’est-à-dire qu’il lui arrive de ranger des objets et de mettre des trucs à la poubelle comme çà, au gré de ses humeurs du jour.
Vint ce beau matin (13h) où je la vis s’affairer sur ma table de travail. Le meuble IKEA était jonché de mes possessions personnelles -clés, papiers, clopes, enceintes, bouffe, bouteille, mouchoirs, feuille d’impôts- un espace de réflexion très acceptable pour n’importe quel aspirant journaliste qui se respecte.
Ce fût alors que d’un geste déterminé, froid et sans la moindre hésitation, elle s’empara d’une pile de pièces de deux et un cents, avec la ferme intention de les foutre à la poubelle dans les secondes qui suivirent. Ce qu’elle fit.

(Irish People: Throwing away money before it was cool!)
Sur le moment, son acte me laissa interdit. J’avais déjà vu cette vidéo de Gainsbourg où on le voyait bruler un billet de cinq cents balles, mais voir la scène en direct, c’était trop innovant à mon goût. J’ai protesté mollement. Essayer de raisonner une irlandaise qui se réveille, qui fait le ménage et qui a faim, c’est quand même un pari pour le moins risqué. J’ai alors passé une petite partie de mon après-midi à me demander sur quelle planète elle vivait, pour jeter des thunes comme ça, sans même une petite pensée pour la faim en Afrique et surtout, pour mes finances en berne.
Le mieux était de lui poser la question :
Hey, pourquoi tu fous mes pièces de monnaie à la poubelle ? Ca m’intéresse assez de le savoir.
S: Oh, tout le monde fait ça en Irlande. Les gens sont fatigués de compter ces petites pièces qui ne servent à rien, alors on commence à les jeter.
Sérieux ? Tu veux dire que c’est trop chiant pour vous de recevoir de l’argent et que vous ne savez plus quoi en faire ?
S: Oui. Enfin, c'est-à-dire qu’on arrondit à 2,55€ si un article coûte 2,57€ et qu’on peut mettre les petites pièces dans un vase.
Ok. C’est cool. On prend l’apéro ?
S: Yay! Cool! Summer is soooooooooo hot!
J'ai vérifié. Une des actualités du pays de James Joyce est que les petites pièces doivent disparaitre à courte échéance, car leur coût de production se fait trop onéreux. Très prochainement, une petite ville appelée Wexford va tenter l’expérience : les magasins arrondiront les prix et les petites pièces seront collectées pour être acheminées vers leur fatale destinée du genre, la fonderie du coin. Mieux encore, d’autres pays ont déjà pris ce genre de décision bien avant comme la Suède, l’Australie et le Canada.
Pour les français – qui ont la réputation méritée d’être les plus grosses pinces du monde – ce genre de décision parait impensable. En France, on s’en foutrait bien de savoir que la production des pièces coûte plus cher du moment où l'on peut les sentir tinter dans nos poches de radins. Imaginez juste un député qui se risquerait à la proposition suivante: "Eh les gars, on n'a qu'à jeter notre argent, c'est devenu vachement mainstream..." Ce serait courageux mais risqué pour une carrière durable.
Allez, Vive l'Irlande et sa politique monétaire plutôt funky!
Vive ma coloc S, qui n'est pas une enfant gâtée, mais plutôt une femme de son temps!
Vive l'Union Européenne!
Des bisous
VEF

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